lunes, 19 de julio de 2010

Venezuela, la prétendue "révolution" bolivarienne



1- La venue au pouvoir de Chavez et la tentative de le renverser

Fils de Hugo de los Reyes Chávez et d’Elena Frías de Chávez, tous deux enseignants, il a quatre enfants (Rosa Virginia, María Gabriela, Hugo Rafael et Rosinés). Il a été marié deux fois et est actuellement séparé de sa seconde épouse. Dans sa jeunesse, ses parents décident de l’envoyer à l’Académie militaire du Venezuela qu’il quitte avec le diplôme de Sciences et Arts militaires. Il étudiera également plus tard la science politique à l’université Simón Bolívar de Caracas en 1989-1990 mais ne terminera pas son cursus.[1] Après ses études, il intègre les forces armées vénézuéliennes et monte jusqu’au grade de Lieutenant-colonel. Le 24 juillet 1983, lors de la journée du 200e anniversaire de la naissance du Libertador (Libérateur) du Venezuela et des autres colonies espagnoles d’Amérique du Sud, Simón Bolívar, Chávez crée avec notamment Raúl Isaías Baduel, au sein de l’armée, le Movimiento Bolivariano Revolucionario 200 (Mouvement révolutionnaire bolivarien 200, MBR-200) d’orientation socialiste. Les coups d’État manqués (1992) Le 4 février 1992, le MBR-200, dirigé par Hugo Chávez, tente un coup d’État contre le président Carlos Andrés Pérez. Le putsch prend pour nom « opération Ezequiel Zamora ». Cette tentative échoue, et Chávez est emprisonné pendant deux ans. Lors de son séjour carcéral, il enregistre une vidéocassette dans laquelle il appelle à l’insurrection. Elle est diffusée vers 4 heures du matin dans la nuit du 26 au 27 novembre 1992, lors d’un deuxième coup d’État préparé par le MBR-200. La deuxième tentative avorte également, bien que les membres du MBR-200 aient tout de même pris le contrôle du pays pendant quelques minutes. En 1994, Rafael Caldera est élu pour la deuxième fois au Venezuela. Réalisant une de ses promesses politiques faites avant d’être élu, il ordonne la libération de Chávez. C’est à cette époque que Chávez fait la connaissance, par l’intermédiaire des Carapintadas (qui étaient en contact avec plusieurs des membres du MBR-200), de l’idéologue argentin négationniste Norberto Ceresole[2], qui fera partie de son entourage jusqu’en 1999 et sera finalement expulsé du Venezuela au terme d’une importante polémique. Mandats présidentiels Première élection à la tête du Venezuela Une fois libéré, Chávez crée un parti politique nommé « Movimiento Quinta República, MVR » (Mouvement cinquième république), une version civile du MBR-200. C’est à la tête de ce parti qu’il prendra le pouvoir, quatre ans plus tard. En 1998, année d’élections législatives et d’élection présidentielle, sa cote dans les sondages augmente progressivement (30 % en mai, 39 % en août)[3],[4]. Le slogan de sa campagne électorale le proclame « fléau de l’oligarchie et héros des pauvres ». La coalition de partis de gauche, rassemblée autour du MVR, remporte une majorité des sièges du Congrès national lors des élections législatives du 8 novembre avec toutefois une assemblée fragmentée composée de nombreux petits partis[5]. En 1999 Chávez sort victorieux de l’élection présidentielle avec 56 % des voix, la plus forte majorité jamais constatée à cette élection en quarante ans de démocratie Vénézuelienne. Le 2 février de la même année, il prête serment sur une constitution qu’il qualifie de moribonde et dont il demandera la modification à deux reprises par la suite. Éprouvant des difficultés à faire passer ses réformes aux parlements, il met en œuvre le 25 avril un référendum sur l’opportunité de former une nouvelle assemblée constituante, de programmer des élections pour cette dernière et une nouvelle élection présidentielle pour l’année 2000, ce référendum verra une victoire du « oui » à 92 % avec un taux de participation de 40 %. Le 7 août, la nouvelle Assemblée constituante est instituée en petite pompe, en effet, Hugo Chávez a annulé le défilé militaire qui accompagne habituellement cette cérémonie, voulant par là illustrer la soumission de l’armée aux autorités civiles dans un pays qui a précédemment connu de nombreuses dictatures militaires. Ce défilé est remis au 4 février, date anniversaire de sa première tentative de coup d’État. Cette assemblée à 95 % Chaviste a pour mandat de préparer une nouvelle constitution afin de remplacer celle de 1961. Ses 131 membres, la plupart sans aucune expérience politique, n’ont que trois mois pour la rédiger. Il est prévu de faire ratifier cette nouvelle constitution par référendum. Le 19 décembre de la même année, 72 % des participants au référendum acceptent la nouvelle constitution bolivarienne. Les principaux changements de la Constitution bolivarienne du Venezuela sont : • Changement de nom du pays en « République bolivarienne du Venezuela ». • Abolition du Sénat, passant ainsi à un système monocaméral ; • Le mandat du président passe de 5 ans à 6 ans ; • Le président peut être réélu immédiatement à la fin de son mandat une seule fois. La constitution antérieure permettait la réélection du président, mais seulement après une période d’au moins 10 ans. • Mise en vigueur du « Référendum révocatoire » qui permet au peuple de destituer n’importe quel gouvernant, fonctionnaire ou administrateur public, y compris le président ; Première réélection (2000) Les élections générales promises par Chávez ont lieu le 30 juillet 2000. Chávez est réélu président avec 59,5 % des voix[6]. Le MVR remporte 93 des 165 sièges de l’Assemblée nationale[7]. Le 10 août 2000, dans le cadre d’une tournée de l’OPEP (pays producteurs de pétrole), Chávez effectue une visite officielle en Irak. Il est le premier chef d’État à s’y rendre depuis la première guerre du Golfe[8] À la suite des attentats du 11 septembre 2001, les cours du pétrole brut s’effondrent ce qui provoque une crise économique, l’économie du Venezuela reposant en grande partie sur le pétrole dont le pays est le troisième exportateur mondial. Dans le même temps le gouvernement est aux prises avec d’importants troubles sociaux. Trois séries de mesures sur le plan de la politique intérieur sont particulièrement critiqués par l’opposition et le patronat : la réforme agraire, la prise en main du secteur pétrolier et l’augmentation des royalties sur le pétrole, et la saisie de terrains côtiers pour un surface équivalente à celle de la Belgique. L’opposition et le patronat jugent en particulier que ces mesures vont à l’encontre du droit à la propriété privée.[9],[10]. Ces grèves et ce climat de tension contribueront à alimenter un mouvement de colère qui culminera dans la tentative de coup d’état de Pedro Carmona en 2002. Le 10 décembre 2001, le patronat et les syndicats vénézuéliens appellent à une grève générale pour protester contre les mesures économiques d’Hugo Chávez. A cette occasion Pedro Carmona considère que les mesures économiques prises par Chavez représentent la plus grande confiscation de propriété privé de l’histoire du Vénézuéla[11]. Au même moment, des milliers de partisans du gouvernement se réunissent à Caracas afin de soutenir le président, et écoutent un discours de Chávez justifiant les mesures engagées. La population vénézuélienne est partagée entre pro et anti-chavistes. Le dimanche 7 avril 2002, Chávez, en direct lors de son émission Aló Presidente et avec un sifflet[12], met à la porte sept dirigeants de la Compagnie nationale des pétroles du Venezuela (PDVSA) et en force douze autres à prendre leur retraite. Mécontents, les cadres de la compagnie protestent et la Confederacion de Trabajadores de Venezuela (Confédération des travailleurs du Venezuela, CTV), de concert avec le patronat, appelle à une grève générale de 24 heures[13]. Le secteur pétrolier, responsable de 80 % des exportations du pays et n’emploie que 2 % de la main d’œuvre et dispose d’un poids économique important lors des mouvements de grève. Le coup d’État de Carmona (2002) ]

Le 11 avril 2002, une manifestation de l’opposition regroupant des centaines de milliers de manifestants se redirige vers le palais présidentiel de Miraflores[14]. Au niveau du pont « Llaguno », sur lequel sont rassemblés de nombreux partisans d’Hugo Chávez, des tireurs embusqués, postés sur les édifices alentours ouvrent le feu, blessant et tuant partisans et opposants à Chávez, le bilan officiel est de dix-neuf victimes du côté de l’opposition et deux du côté des chavistes[réf. nécessaire]. Dans la soirée, un groupe de militaires, par la voix du général Lucas Rincon, demande à Hugo Chávez de démissionner, mais il refuse. Hugo Chávez est alors arrêté et séquestré par les militaires, et un nouveau gouvernement autoproclamé est mis en place. Pedro Carmona, président de la chambre de commerce du Venezuela, en prend la tête. Le lendemain a lieu une manifestation massive de la population de Caracas qui finira par dépasser par son ampleur les forces de police ; soutenue par la garde présidentielle restée fidèle à Chávez, elle renverse avec l’aide de ces derniers Carmona qui prend la fuite avec son gouvernement. Les ministres de Chávez qui s’étaient pour la plupart cachés reprennent les uns après les autres leurs fonctions. Comme le prévoit la Constitution, le vice-président Diosdado Cabello assume l’intérim de la présidence, jusqu’à ce qu’Hugo Chávez soit localisé, puis libéré, le soir même du retour aux pouvoir de l’ancien gouvernement[15]. En 2004, le ministre des affaires étrangères espagnoles Miguel Ángel Moratinos accuse le gouvernement de José María Aznar d’avoir encouragé l’ambassadeur à appuyer (ou soutenir selon la traduction du verbe apoyar) le coup d’état[16],[17]. Ces évènements ont été filmés de l’intérieur par des journalistes d’une chaîne irlandaise, Radio Telefís Éireann, qui étaient sur place pour tourner un reportage sur le programme de Hugo Chávez. Ils en ont tiré un documentaire : The revolution will not be televised. Ce film a été critiqué pour son parti pris pro-Chàvez et pour d’éventuels manipulations dans son antithèse Radiographia de una mentira [18]. Le référendum révocatoire de mi-mandat (2004) Hugo Chávez a mis en place, dans la nouvelle constitution, la possibilité pour le peuple de décider de la révocation du président ou de tout fonctionnaire vénézuélien par un référendum pouvant être organisé une fois la moitié de son mandat effectué et un certain nombre de signatures réunies. Ainsi, l’opposition a réuni le nombre de signatures nécessaires pour entamer cette procédure de révocation à mi-mandat. Les signatures sont refusées par le Conseil National Électoral (CNE), car une partie des signatures a été collectée avant la fin de la période de mi-mandat règlementaire[19]. L’opposition a de nouveau réuni le nombre suffisant de signatures pour permettre l’organisation du référendum révocatoire. Le gouvernement et le CNE ont argué que l’opposition s’était livrée à des falsifications et que les noms de certains des signataires appartenaient à des morts. Dans un climat très tendu, le gouvernement a tout de même accepté la liste de signatures présentée par l’opposition et a mis en place pour le 15 août 2004 le dit référendum. Le référendum révocatoire est mis en place pour le 15 août 2004. Pour en garantir la régularité, il est surveillé par la Fondation Carter et par l’Organisation des États américains (OEA). Le soir, les résultats préliminaires indiquent que plus de 58 % des votants se prononcent contre la destitution de Chávez. Ce chiffre est confirmé par la fondation Carter et l’OEA[20],[21], mais les opposants affirment que le résultat est entaché de fraudes[22]. Dans les jours qui suivent, la majorité de l’opposition s’accorde à reconnaître Chávez gagnant et seul le parti de Mendoza refuse d’admettre la victoire du No. Le résultat final promulgué le 23 août 2004 du CNE [23] confirme une victoire du non à près de 59%. Seconde réélection (2006) et échec de la réforme constitutionelle (2007) Le 3 décembre 2006, Chávez gagne l’élection présidentielle avec près de 63 % des voix, battant le chef de l’opposition, Manuel Rosales. Le 4 septembre 2006, il annonce l’organisation pour 2010 d’un référendum constitutionnel afin, entre autres, d’abolir toute limite au nombre de mandats pouvant être effectués par le président. Cette proposition a été interprétée dans certains médias français comme Le Monde et le journal de 20h de TF1 du 3 décembre 2006[24] comme l’organisation d’une présidence à vie. Hugo Chávez lance en 2007 une réforme qui prévoit de supprimer le nombre limite de mandats, d’inscrire le socialisme dans la constitution et de permettre des mesures d’exception à la liberté de la presse[25] en temps de crise. Ainsi, le 24 octobre 2007, le socialisme est inscrit dans la constitution du Venezuela : pour de nombreux opposants, il s’agit d’une remise en cause du pluralisme politique[25]. Lorsque l’état d’urgence est proclamé, la liberté de la presse peut être suspendue, ainsi que les normes de la justice[25] ; ces dispositions sont semblables à ce qui existe dans d’autres démocraties. Un ancien général et ministre de la défense, le général Raúl Isaías Baduel, qui avait fondé avec Chávez le MBR-200 et avait aidé son retour au pouvoir en 2002 a qualifié la réforme de « coup d’État » en novembre 2007 se proclamant dans le même discours « leader de l’opposition ». Il avait déjà dénoncé en juillet 2007 à propos de cette réforme « l’orthodoxie marxiste, qui considère la démocratie [...] comme un simple instrument de la domination bourgeoise »[26]. Le 2 décembre 2007, l’électorat vénézuélien a rejeté par référendum la réforme constitutionnelle proposée par Hugo Chávez en accordant au "non" une courte majorité de 50,7% dans un scrutin qui voit une abstention de 49,7%[27]. Malgré la défaite de Chavez, les accusations de fraudes orchestrées par ses partisans ont été nombreuses[28][29]. Après quelques tergiversations, Chávez annonce, conséquemment à cette défaite, sa première lors d’une consultation du peuple, qu’il se retirera à l’issue de son second mandat, c’est à dire en 2013[30]. Malgré cette défaite, plusieurs mesures violant la constitution de 1999 qui est encore en vigueur ont été introduites par décret de Chavez, le jour où ses pleins pouvoirs prenaient fin[31]. En outre, plusieurs centaines de candidats aux élections locales et régionales ont été interdits de concourir car accusés de corruption sans qu’aucune condamnation n’ait été prononcée pourtant[31]. Le 18 janvier 2007, le parlement vénézuélien – dont tous les membres appartiennent au MVR (Parti chaviste) puisque l’opposition a boycotté les dernières législatives – accorde à Chávez les « pleins pouvoirs » pour une durée de dix-huit mois, en votant une loi l’autorisant à légiférer par décret dans certaines parties du pays[32]. Politique du gouvernement Chávez Politique intérieure Politique économique Depuis son élection, Hugo Chávez déclare mettre petit à petit en place une politique économique sensiblement « socialiste » sans pour autant l’être totalement, il la nomme « révolution bolivarienne ». [33]. Une redistribution partielle des terres a été lancée : dans un pays où l’économie est principalement fondée sur l’exploitation du pétrole et où la question de la terre n’est plus un véritable problème économique depuis les années 1960, Hugo Chávez décide de nationaliser les domaines en friche appartenant aux plus riches propriétaires et à ceux ne pouvant justifier de titre de propriété. Il les redistribue alors à des agriculteurs devant former de petites coopératives, afin de donner du travail aux plus pauvres et de limiter les importations dans un pays endetté et ayant une quantité considérable de terres cultivables non exploitées. Les résultats n’en ont pas été concluants et de nombreux économistes craignent que la politique menée par M. Chávez ne rende le Venezuela encore plus dépendant des importations alimentaires qu’auparavant[34]. Des systèmes de microcrédits d’initiative publique sont mis en place afin de faciliter le développement des petites entreprises parmi les franges les plus pauvres de la population n’ayant pas accès au crédit bancaire, faute de garanties suffisantes. À la différence du microcrédit commun, issu d’initiatives privées, celui mis en place ici est encouragé par le pouvoir mais également par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés pour les initiatives visant les réfugiés colombiens[35]. Dans le pays, la culture des OGM est interdite. Un système de banque de semences est mis en place. Son but officiel est de préserver la diversité des plantes. La pêche intensive est interdite dans les eaux territoriales vénézuéliennes, afin de préserver la biodiversité maritime et de favoriser les petits pêcheurs. La pêche au chalut est ainsi interdite dans les zones côtières. La nationalisation de pans entiers de l’économie du pays s’est accélérée depuis 2006 : la nationalisation de la troisième banque en juillet 2008 a suivi celle des télécoms, de l’électricité, du pétrole, de la production de lait ou de ciment ainsi que, entre autres, des aciéries. Sur les 6,5 millions d’habitants ayant un emploi déclaré, 2 millions sont salariés de l’Etat[31]. Les exportations pétrolières du Vénézuela, conjuguées à la hausse des cours de l’or noir, ont permis à Hugo Chavez d’entreprendre une politique sociale généreuse[36]. Elle pourrait être remise en question avec la baisse des prix du pétrole dans la deuxième moitié de 2008[36]. Bilan La période 1998-2002 a été marquée par la récession, le PIB décroissant sur la période d’1,9%[37]. Depuis, la croissance économique a été tirée par la hausse des cours du pétrole[33] et la croissance a atteint 9% en 2006. Le pétrole représente en 2007 90% des exportations du pays[38] et 50% des recettes du gouvernement[39]. En 2007 l’inflation a atteint 22,5%, soit le double de l’objectif gouvernemental, contre une estimation de 5% par le Fonds monétaire international pour les économies émergentes[33]. En 2008, il dépasse les 30%[31]. Le taux de chômage était estimé pour 2006 à 8,9%[38]. Le système de rationnement mis en place avec le programme MERCAL a débouché sur la pénurie de certains produits, car ils sont payés à un prix imposé par l’État en dessous du prix du marché[40],[41]. Fédécameras, l’organisation patronale vénézuélienne, y voit « le signe avant-coureur des pénuries d’une économie planifiée à la soviétique »[40]. Couplé avec la hausse mondiale du cours des matières premières alimentaires, cela a débouché sur une situation de pénurie grave en 2007 de produits de base. Le gouvernement Chávez a mis en place en réponse un programme d’échange « Pétrole contre nourriture » avec ses voisins sud-américains. Il accuse par ailleurs Nestlé et Parmalat, ainsi que les banques, de provoquer, de diverses façons, ces désordres ; l’opposition pointe quant à elle les mesures socio-économiques du gouvernement comme responsables de la crise.[42] La criminalité sous les présidences Chavez a également très fortement augmenté, faisant du pays l’un des plus violents au monde. Mesuré en termes d’assassinats par habitant, c’est le second pays au monde le plus violent, avec 48 assassinats pour 100 000 habitants en 2007. A Caracas, on atteint 130 assassinats pour 100 000 habitants. La Colombie voisine, malgré le trafic de drogue et le terrorisme des FARC a un taux inférieur de 40. Le taux a triplé depuis l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chavez[43]. Les résultats de sa politique sociale sont fortement mis en doute. Ainsi, Francisco Rodriguez, ancien économiste en chef de l’assemblée nationale écrit-il que « ni les statistiques officielles ni les calculs indépendants ne prouvent que Chavez mène une politique qui améliore véritablement le sort des pauvres »[44]. En effet, les inégalités se sont accru sous la présidence de Chavez : le coefficient de Gini qui mesure ces inégalités est passé de 44,1 en 2000 à 48 en 2005, alors qu’il diminuait dans les principaux pays d’Amérique du Sud[45]. En outre, la dette extérieur du pays a grimpé à 40 milliards de dollars en dépit de l’argent du pétrole et les investissements étrangers dans le pays sont passés de 6,2 milliards $ en 1997 à 646 millions en 2007. Éducation Hugo Chávez a mis en place plusieurs programmes d’éducation : • La "Misión Robinson" pour l’alphabétisation qui utilise, la méthode cubaine "Yo sí puedo" au lieu de l’ACUDE utilisée par les gouvernements précédents ; • La "Misión Ribas" qui vise à la poursuite de l’enseignement scolaire ; • La "Misión Sucre" qui concerne l’éducation supérieure. La réorganisation de la Fundación Ayacucho en 2005 a permis d’attribuer plus de 14 000 bourses d’enseignement supérieur pour l’année 2006 ; la part du Produit Intérieur Brut consacrée à l’éducation, qui était de 1,7 % en 1993 et de 1,6 % en 1998, est passée à 4,3 % en 2005[46]. Selon l’UNESCO, l’analphabétisme a été éradiqué au Venezuela, et la politique de lutte contre la faim est présentée comme un exemple à suivre par le dernier rapport sur le Droit à l’alimentation présenté à l’Assemblée Générale des Nations Unies. D’autre part, les taux de pauvreté et de pauvreté extrême ont considérablement baissé ces dernières années[47]. Politique militaire Avec Chávez, les forces vénézuéliennes ont diversifié leurs sources d’approvisionnement en armements, achetant du matériel à la Russie dont il est devenu le second importateur d’armement depuis 2006 [48], au Brésil, et à l’Espagne. Au total, c’est 4 milliards $ d’équipements militaires que Chavez a acheté à la Russie. Les États-Unis, déclarant craindre des transferts de technologie, ont pressé la Russie et l’Espagne de ne pas les livrer. Le Venezuela s’est également plaint que les États-Unis aient refusé ou retardé la vente de pièces pour des avions de combat F-16 achetés dans les années 1980. Chávez a rompu la coopération militaire entre les deux pays et demandé le départ des conseillers américains du pays. En 2005, dans le cadre de la doctrine de « Défense intégrale de la nation », Chávez a annoncé la création d’une grande « réserve militaire » pouvant atteindre 1,5 million de personnes soit 6% de la population du pays. À l´occasion du discours présidentiel du Nouvel An 2006, le président a présenté un projet de changement du nom des troupes vénézuéliennes. Dorénavant, les « troupes vénézuéliennes » deviendront « troupes bolivariennes », en hommage à Bolivar. Ce changement de nom cher au gouvernement Chávez[49] concernerait également la marine et la force aérienne. En 2008, il a fusionné les deux principaux services de renseignement en un seul organisme : le Bureau de renseignement et de contre-espionnage (cette appellation n’est pas définitive) placé désormais directement sous ses ordres. Tous les citoyens, les fonctionnaires ainsi que les étrangers présents au Venezuela sont désormais obligés, par les articles 16 et 24 de la loi du 28 mai 2008, à coopérer avec les services de renseignements et avec les milices favorables au président Chávez [50]. En septembre 2008, les relations militaires avec la Russie s’approfondissent avec des manœuvres navales avec la marine russe et l’accueil provisoire de 2 bombardiers stratégiques Tu-160 de l’armée de l’air russe [51] Réseau de distribution alimentaire MERCAL Le réseau de distribution alimentaire MERCAL a été mis en place. Il s’agit de distribuer en dessous des prix du marché, dans des boutiques ou des supermarchés liés à l’État, les produits agricoles. 13 millions de Vénézuéliens bénéficient du réseau de distribution MERCAL, soit un peu plus de la moitié de la population. Mais le MERCAL n’est pas réservé aux plus démunis et tout un chacun peut y faire ses courses, ce qui réduit l’aspect social de cette création. Le système fonctionne sur la base du rationnement, comme deux litres d’huile ou un kilo de lait en poudre par personne. Ce système de distribution favorise cependant les arrangements, les produits vendus aux prix du MERCAL finissant souvent vendus à des prix classiques dans les boutiques. Par ailleurs il a entrainé une raréfaction de certains produits de base comme le lait ; selon un diplomate étranger, « bloqué depuis plusieurs années, le prix de vente du lait est inférieur au coût de production, donc de nombreux paysans ont vendu leurs vaches. » Le régime a dénoncé un « sabotage » à propos de ces pénuries tandis que Fédécameras, l’organisation patronale vénézuélienne, y voit « le signe avant-coureur des pénuries d’une économie planifiée à la soviétique »[52]. Santé En échange de livraisons de pétrole vénézuélien, le gouvernement cubain de Fidel Castro fournit environ 20 000 médecins, qui participent au programme Barrio Adentro (à l’intérieur du quartier), un programme de santé pour les quartiers défavorisés, et sont également présents dans les zones rurales reculées. Les casernes militaires sont utilisées pour accueillir du matériel médical de haute technologie, multipliant ainsi les centres hospitaliers et permettant à une plus grande partie de la population d’y accéder gratuitement. Politique internationale Le discours de l’unité sud-américaine Hugo Chávez développe une rhétorique de l’unité sud-américaine, en particulier avec des visées anti-américaines. Il défend plus spécifiquement une alliance avec les pays de l’ALBA (Cuba, Bolivie, Nicaragua). Il a ainsi prôné une alliance armée de ces pays contre les États-Unis des pays de la zone. Il déclara ainsi en janvier 2008 : « Nous devons monter une stratégie commune [..] parce que l’ennemi est le même : l’empire des États-Unis »[53]. Bien qu’ayant signé la convention de Quito concernant la CSAN, qui prévoit une union coordonnée des pays du continent, Hugo Chávez tente également d’établir des unions avec d’autres pays comme l’Uruguay, le Paraguay et l’Argentine. Il a également déclaré vouloir former avec le Brésil de Lula, et d’autres pays d’Amérique du Sud, une compagnie transnationale du pétrole, appelée Petroamerica. Les présidents du Venezuela et de Cuba, Hugo Chávez et Fidel Castro, suivis par le président bolivien Evo Morales, ont entamé, en avril 2005, la mise en œuvre de l’Alternative bolivarienne pour les Amériques (ALBA), renforçant la coopération entre les deux pays. Ces accords sont signés à La Havane, alors que la secrétaire d’État américaine Condoleezza Rice effectue une tournée en Amérique latine pour promouvoir le projet de Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA). L’ALBA est présentée par Chávez et Castro comme l’application des principes de « solidarité plus vaste entre les peuples d’Amérique latine » et une alternative à la ZLEA. L’échange de pétrole vénézuélien contre des médecins cubains entre dans ce cadre, et il est également question d’agriculture ou de produits miniers. Depuis, le Nicaragua a adhéré à l’ALBA, ainsi que trois États des Caraïbes : la Dominique, Saint-Vincent-et-les Grenadines et Antigua-et-Barbuda. En juillet 2006, le Venezuela rejoint le Mercosur, marché commun sud-américain, dont sont déjà membres le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay.

La politique du gouvernement de Chavez ne représente aucune nouveauté historique et qu’elle ressemble à ce qu’ont été le péronisme argentin, le PRI mexicain ou les partis du nationalisme arabe, bien qu’avec de plus grandes limitations. Nous mentionnons aussi qu’une partie importante de sa politique a son origine dans la nécessité d’un contrôle de fer sur la mobilisation du mouvement de masses, pour éviter le débordement de celle-ci hors du cadre de l’Etat bourgeois, à travers l’étatisation des syndicats et la construction d’un parti centralisé de façon bureaucratique par le « chef ».

Une période de l’histoire argentine illustre clairement cet objectif d’une direction bourgeoise, de contrôler et de discipliner les masses. Le péronisme considère comme sa « date de naissance » le 17 octobre 1945, quand une mobilisation de masses a libéré le colonel Perón, à ce moment-là Secrétaire du Travail d’un gouvernement militaire, emprisonné par d’autres secteurs de ce gouvernement. La mobilisation avait été organisée par plusieurs dirigeants syndicaux, dont Cipriano Reyes, de l’industrie de la viande.

Postérieurement, ces dirigeants syndicaux ont formé le Parti Travailliste, qui a été à la base de la première victoire électorale péroniste, en 1946. Mais après le triomphe, Perón, bien qu’ayant été le premier affilié du Parti Travailliste, a dissout celui-ci et a créé le Parti Justicialiste, discipliné de façon rigide à sa direction personnelle. En même temps, il a emprisonné et a torturé plusieurs des principaux dirigeants du Parti Travailliste qui se sont opposés à cette mesure, comme Cipriano Reyes lui-même, qui a été en prison pendant sept ans. Le fait est que, malgré l’appui loyal à la candidature et au gouvernement de Perón, le Parti Travailliste représentait un dangereux processus d’organisation ouvrière indépendante.

D’autre part, la Confédération Générale du Travail (CGT) a été incorporée au Parti Justicialiste comme « branche syndicale », à côté de la « branche politique » et de la « branche féminine ». Tous les dirigeants syndicaux qui n’ont pas pu être cooptés dans le parti ou dans le gouvernement, et qui de ce fait maintenaient une certaine caractéristique d’indépendance (qu’ils soient de gauche ou bureaucratiques), ont été balayés des syndicats et de la direction de la centrale, et remplacés par une meute ultra corrompue d’agents inconditionnels du gouvernement.

Cela a été le cas, par exemple, avec la direction de gauche de la FOTIA (industrie sucrière de Tucuman), mise sous tutelle après une grève. Ou avec le dirigeant syndical Luis Gay (télécommunications), lui aussi fondateur du Parti Travailliste, obligé de renoncer au secrétariat général de la CGT, en 1948, pour défendre l’« autonomie » de la centrale. En contrepartie, le plus grand exemple des « agents inconditionnels » du gouvernement a été José Espejo, un dirigeant à peine connu du syndicat de l’alimentation, qui a obtenu le poste de secrétaire général en 1949, et y est resté jusqu’au renversement du péronisme, en 1955. Une blague de l’époque disait que l’homme avait été élu parce qu’il était « un bon miroir du gouvernement ». [’Espejo’ signifie ’miroir’]. Il nous paraît que l’actuelle situation vénézuélienne a des points communs avec celle de l’Argentine des années 1940. Fortifié par sa victoire électorale récente, Chavez a décidé d’avancer vers un contrôle de fer sur les syndicats. Quand il qualifie de "contre-révolutionnaires" ceux qui s’opposent à l’entrée au PSUV ou qui défendent l’« autonomie syndicale » de l’UNT, n’anticipe-t-il pas qu’il agira avec eux de la même façon que Perón avec Cipriano Reyes ?


Source: http://www.matierevolution.fr/spip.php?article787

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